Je suis née en 1975 et j'ai grandi à Baie-Saint-Paul, à l'abri des vents du nord, près d'une rivière sinueuse et tranquille, et de nombreux marais maintenant disparus.


J'étais une petite fille rêveuse qui aimait la pêche, les chiens et les balades en forêt. Je grimpais aux arbres comme une gamine, je jouais dans la boue sans égard pour ma mère et je dévalais les pentes en vélo, les yeux au ciel, en espérant m'envoler.


C'est vers l'âge de treize ans, le cœur lourd d'un chagrin d'amour dont j'étais inconsolable, que j'ai commencé à écrire : des poèmes, d'interminables lettres, des essais, de courtes histoires. Je rêvais d'être internée comme Nelligan, de disparaître comme Rimbaud, d'être énigmatique comme Baudelaire et de mourir comme Poe.


À l'université, j'ai lu Montaigne, Rousseau, Balzac… J'ai admiré Anne Hébert, j'ai découvert Calvino. J'ai rédigé quantité de dissertations maintenant oubliées sur de vieilles disquettes trois pouces et quart, quelque part à l’humidité, dans mon garage, alors que les livres lus, opulents, meublent toujours mon salon bien éclairé.


En 1998, je commençais mon premier roman, la partie création de mon mémoire de maîtrise. Incertaine, si petite par rapport à mes rêves d'enfant, j'ai traversé ce désert seule, sans itinéraire et sans guide. Et, quand je me suis retournée, le vent avait balayé mes traces : il était trop tard pour faire demi-tour.


Ensuite, j'ai commencé à réviser des manuscrits. C'est ainsi que je gagne ma vie. À pianoter sur le clavier tout au long du jour, à peaufiner les textes des autres, j'ai l'impression de faire mes gammes, comme un pianiste, en préparation du grand concert.

Je suis également enseignante, chroniqueuse pour la revue
Pattes Libres, conjointe, maman de deux garçons et meilleure amie de ma chienne et de ma perruche. Ma vie est simple, ordinaire et tranquille. Je vis dans une maison quelconque, à quelques minutes à pied de la forêt, dans le nord de Québec, près d’une sablonnière venteuse et d’une étonnante rivière.

Avec le temps, j'ai perdu ma consistance et maintenant, je ne suis plus que des mots, comme mes personnages. Derrière mon clavier d'ordinateur, dans mon silence de fille malentendante, je me sers de moins en moins du téléphone et j'écris de plus en plus. Je pense que c'est ça, être écrivain. C'est donner toute la place aux mots. Percevoir le monde et le traduire par écrit. N'être rien de plus qu'un nom sur une couverture. S'oublier pour les personnages, leur donner toute la place. Et rester en marge du monde pour mieux l'embrasser.


​Copyright © Hélène Bard. Tous droits réservés. 2015

Esquisse d'une vie d'écrivaine​

Hélène Bard

Écrivaine  ●  réviseure linguistique et stylistique  ​●  Mentore littéraire